C’est la nuit et avec d’autres volontaires de l’orchestre, nous pénétrons dans l’enceinte du monastère. Je demande à une musicienne qui est plus habituée du lieu que moi :

— Pfff... Il va falloir que tu te réveilles un peu ! J'ai vraiment l'impression que tu vis dans le monde des bisounours.
— Et pourquoi dis-tu ça ?
— Parce que tu ne te rends pas compte que notre monde va mal ! Les politiques sont corrompus, les jeunes ne veulent plus travailler, les vieux sont abandonnés, les g...

Conversation après les élections de 2018 au Québec : « Qu'avez-vous fait pour que la politique soit à la hauteur de vos soi-disant espérances ? »
— Donc, à t'écouter, les anti-Trump sont idiots…
— Hey les jeunes, ne remarquez vous pas qu’on vous vole ?
— Quoi ?
— Votre attention.
— Mon attention ?
— Oui, votre capacité d’attention, votre capacité de vous porter sur un sujet, sur une situation, sur une pensée, extérieure ou intérieure, dehors ou dans votre tête.

— De toute manière, tout le monde a sa propre définition du wokisme…
— Oui, et ce qui est « amusant » c’est que ceux qui propagent cette idéologie — et qui ont initialement forgé et revendiqué le mot woke, prétentieusement éveillé — aiment à se positionner en victimes de l’estrèmedroite quand on les confronte, voire quand on se moque d’eux.
— Et la victimisation, ça, c'est cool. Rien de mieux aujourd’hui que de pouvoir brandir son statut de victime et s’y vautrer avec complaisance…
— Et toi, quelle serait ta définition ?
— La mort.
— La Corse est française depuis très longtemps, tu sais.
— Pas tant que ça : 1769.
— Quand même, c’est… l’Histoire, c’est vieux.
— Bonjour ! Je suis un technicien spécialisé en intelligence artificielle. Comment puis-je vous aider ?
— Bonjour. Je suis un peu sceptique quant à l'IA. J'ai entendu dire que cela pouvait rendre les humains obsolètes.
— Ah c'est toi ?
— Oui je me suis proposé pour les séances de lecture de conte et on m'a demandé de venir le faire ici. Est-ce que ça… ?
— Non, non, c'est très bien. Qu’est-ce que tu vas leur lire ?
— On m'avait dit que ce serait fourni sur place...
— Je ne suis pas au courant. Tu veux que je te trouve quelque chose ?
— Attends, je vais improviser.
— Tu te sens d'attaque ?
— Étonnamment, oui.
— Je te les laisse donc.
— Tu peux pas revenir dans la passé.
— Toi non plus.
— Non, mais c'est toi qui t’intéresses au passé, qui en parle, qui lis des livres, etc.
— Oui mais c’est toi qu'il obsède maladivement.
— Comment ça ?
Marchant dans Paris, j’erre sans but, du Paradis à la lune, de la rue de Paradis à la rue de la lune.
— Rassemblement dans quinze minutes !
— Pardon ?
— Allez ! Réveille-toi ! Tu as encore rêvé ?
— Ah, je dirais plutôt que c'était un cauchemar…
— Pas le temps de raconter ça maintenant, dépêche-toi, on nous attend en bas.
— « Ce qui compte, c’est ce qu’on fait. Pas le temps que l’on a ni ce qu’on aurait aimé faire. »
— Mouais ?
— Ça te parle ?
— « Ce qui… » ?
— Tu m’écoutes ?
— Mais c’est n’importe quoi !
— Oui.
— Tu dis n’importe quoi…
— Ah non !
— Euh...

— Ça faisait longtemps qu’on n’était pas venu voir un spectacle.
— Presque deux ans, en effet, avec la covid…
— Avec aussi les stupidités de passe sanitaire et le soi-disant vaccin.
— Mais c’est fini.
— Suspendu, plutôt... Ils ont racheté des stocks pour après les élections.

— Arrêtez-vous ! Stop ! Ne bougez plus !
Le jeune femme, sous l’effet de la surprise, s’arrête, tout en se demandant pourquoi elle obéit à cet ordre venant de cet inconnu un peu plus loin devant elle. Elle venait de monter jusqu’à ce village abandonné d’Occi et débouchait entre les ruines, sous un magnifique olivier, sur un espace dégagé quand elle l’avait aperçu qui semblait descendre de plus haut dans la montagne. L’homme fouillait dans son sac rapidement et en sortait un carnet tandis qu’il tenait un stylo dans sa bouche. Passée la surprise, elle allait se remettre en marche.