Miroir souterrain

Le métro part, son fracas s’éloigne, dévoilant le quai d'en face et elle, seule sur ce quai.

Il se lève, ils se font face, séparés par la fosse des rails. Ils se regardent, se sourient, mi-gênés mi-amusés. Ils ne bougent pas. Elle semble attendre. Il attend aussi.

Le métro part, son fracas s’éloigne, dévoilant le quai d'en face et elle, seule sur ce quai.

Il se lève, ils se font face, séparés par la fosse des rails. Ils se regardent, se sourient, mi-gênés mi-amusés. Ils ne bougent pas. Elle semble attendre. Il attend aussi.

Il bouge les yeux, jette un coup d'œil à sa droite, comme pour confirmer le départ de la rame dont il perçoit les feux rouges s’éloignant ; elle fait de même.

Il jette un coup d’œil à l’extrémité gauche du quai, même s’il sait bien que la rame suivante ne viendra pas tout de suite; elle exécute le même glissement de ses yeux. Il esquisse un pas en avant. Elle aussi. Il ramène son autre pied, elle l’imite. Ils s'avancent ainsi jusqu'au bord du quai. Ils sourient de l'impossibilité d'aller plus loin, peut-être caressant l'idée de s’élancer, de bondir, de s'envoler...

Il glisse alors son pied gauche latéralement, presque imperceptiblement. Elle l'accompagne du regard puis s'exécute en miroir. Il ramène son pied droit, elle ramène son pied gauche. Il tourne maintenant son pied gauche vers l'extérieur et le fait glisser lentement, suivi du droit. À l'opposé, elle croise son pied gauche devant le droit, puis ramène le droit, se retrouvant à nouveau exactement face à lui.

La tête légèrement inclinée, il tend la main, plie le coude et montre la paume. Elle réplique de la tête et de la main droite. Avec plus de grâce qu’il ne s'en pensait capable, il exécute le même geste de sa main droite; elle aussi. Leur sourire les illumine. Ils restent un moment comme cela.

Elle hausse les coudes, rompant l’immobilisme et l’ordre des mouvements et tourne sur elle-même un bras en l’air, l’autre s’enroulant autour de sa propre taille. Surpris, il esquisse moins harmonieusement un mouvement analogue mais parvient tout de même à se redresser. Elle conserve alors l’initiative et exécute un mouvement plus ample : son pied droit glisse loin sur le côté, elle allonge la jambe en pliant l’autre, tout en collant ses poings à sa taille, en dressant le buste et en levant la tête d'un air de défi. Quelle souplesse… Il amorce en miroir le même mouvement, pied gauche glissant…

Quand une nouvelle rame de métro est arrivée, je les ai perdus de vue. Dommage, mais pourquoi ce couple devant moi qui sort de la station en chantonnant me fait-il penser à eux?

La gare routière

À peine franchie la porte de la gare routière, il replonge dans des souvenirs, retrouve des odeurs, des sons : la voix des annonces de départ ou d'arrivée des autocars. Des départs stressés lui reviennent en mémoire, des arrivées chargées d’émotion, de fatigue, d’envie. Au café il va se commander un mocaccino — encore une odeur du passé — tout en étant surpris de ne pas avoir à se rendre immédiatement après à la porte des départs vespéraux pour Québec ou à celle des petits matins pour Magog.

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Fin du monde

Noir
Panne de secteur
Petites loupiotes sur mon vélo et mon casque
Phares...
Plus d’électricité
Tout est noir sauf les phares aveuglants des voitures, les gyrophares des autos de patrouille de la police, les clignotants des camions d'Hydro-Québec et les vers luisants des vélos sur Laurier et la Côte-Sainte-Catherine…
Une image de fin du monde...

« Quoi, la fin du monde ?
Je ne veux pas rater ça
Je crève ma bulle et j’accours ! »

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L'escalier

Les pas sur le tapis ne laissent passer aucun son, étouffés. L’escalier est large, aux degrés de pierre ou de marbre; à chaque contre-marche, une long tube doré, décoré à chaque extrémité d’une pointe d’ornement, force le lourd tapis à épouser au plus près la montée des marches.

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