Murs et mesquinerie
Par Vincent François le mardi 10 novembre 2009, 23:26 - Monde - Lien permanent
La caravane médiatique bat son plein pour le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Boum, boum, le cirque se met en marche : France Inter offre un programme unique pour la journée commémorative, sans doute en hommage au régime à parti unique de RDA. On a même le droit à un spectacle, financé par quelques unes de nos belles et grosses multinationales qui célèbrent la victoire du capitalisme.
Mais le cirque dépasse les médias puisqu'on voit même notre Sarkozy raconter sur son profil Facebook qu'il se trouvait le 9 novembre au pied du mur avec son petit marteau. La légende aura fait long feu et en moins de 24 heures, les sites d'informations et les blogues auront permis de confondre cette version impossible et ridicule. Mais une fois de plus, les médias pré-Internet auront été à la traîne de ceux en ligne, avec notamment un journal du soir sur TF1 qui reprenait sans rigoler, sourciller ni vérifier la légende sarkozienne.
Intéressant aussi de voir le peu d'importance que peut représenter une vérité factuelle chez les sarkozystes et assimilés. Car, si personne ne reproche à Nicolas Sarkozy de ne pas avoir été présent le soir du 9 novembre 1989 à Berlin, que penser d'un Président de la République qui réécrit sa petite histoire pour tenter de placer sa petite personne dans la grande Histoire? Et que penser de ceux qui l'appuient tout en précisant les faits qui la rendent intenable, comme Juppé ou Kouchner?
Réécrire l'histoire passée pour donner au pouvoir du moment l'image dont il a besoin, en plus du ridicule de l'égo du petit chef, n'est ni plus ni moins que l'activité du roman 1984, tellement proche de ce qu'est devenue la politique d'aujourd'hui.
Murs
Mais assez parler de mesquinerie, puisque nous commérons un événement historique.
Faisons un pas de côté et regardons ce que nous dit cette histoire de mur. Un mur qui tombe, c'est une bonne nouvelle. « Le monde est trop petit pour porter des murs. » À célébrer la chute de celui-ci, on risque d'oublier ceux qui perdurent, qui continuent à diviser ou enfermer les hommes au nom de la sécurité d'un côté contre celle de l'autre. Tous ces murs qui finissent tous par retomber sur ceux qui les érigent, mais qui en attendant tuent ceux qui cherchent à les franchir au nom d'un idéal de liberté ou de mieux-être.
Israël qui enferme les Palestiniens dans leur non-état; les États-Unis qui ont avancé leur frontière au travers du Nouveau-Mexique, du Mexique et de leurs habitants puis qui la ferment ensuite; la France à Mayotte qui a découpé les Comores en créant une frontière illégale au regard du droit international au travers de laquelle se noient régulièrement des Comoriens; l'Europe avec ses avant-postes en terre africaine ou à Lampedusa et son glacis de pays qui tuent les clandestins venus ramasser les légumes et les fruits dans nos champs; la France encore qui expulse les Afghans fuyant les massacres de civils que nos propres troupes commettent ou supportent dans leur pays. Et j'en oublie, me limitant à quelques exemples.
Vingt ans après la chute du mur de Berlin, s'il est agréable de se souvenir d'un mur abattu, quel décalage entre cette joie et l'oubli dans lequel sont maintenus tous ces murs aussi honteux que celui de Berlin. Faut-il attendre que les murs tombent d'eux-mêmes pour s'en réjouir ou pouvons-nous y participer avant? Et à trop attendre, ne voyons-nous pas que certains vont nous tomber sur la tête?
Alors, tout le monde ne pourra pas, comme Sarkozy, mesquinement tenter de réécrire l'histoire dans vingt ans et sortir des photos de petit pic hors contexte. Prenons nos marteaux dés aujourd'hui.