Y en a un seul !

Un samedi matin, au collège du Bel-Air, en contrôle d’histoire portant sur la Première guerre mondiale. La veille, hébergé chez des voisins, j'avais passé la soirée à étudier les opérations militaires plongé dans un très gros et très vieux livre d’histoire aux pages odorantes et aux illustrations collées et protégées de papier de soie.

Alexander Von Kluck

Tandis que nous étions dans la salle de cours, chacun sur notre petite table séparée des voisines, je m’appliquais à dessiner sur ma copie les manœuvres du fameux plan Schlieffen tandis que notre professeur, M. Bourdette, circulait entre nous. Arrivé à ma table, il s’arrête, regarde mon travail... J’étais justement en train d’hésiter sur le nom du chef de la 1ère armée allemande. Était-ce bien von Kluck ou autre chose d'approchant? À ma grande surprise, M. Bourdette tape alors sur ma table — je me dis que ça ne doit finalement pas être von Kluck — et s’écrie :

— Non mais c’est pas vrai ! Il y en a UN SEUL qui travaille dans cette classe !

Ouf ! Je n'allais pas me faire reprendre sur le nom du général allemand, ça n’était qu’une volée destinée à mes petits camarades de classe et je passais en un instant du doute le plus terrible au statut d’Agnan dans la classe du Petit Nicolas... Quoiqu’il en soit, je doute fort qu’on nous ait demandés pour ce contrôle d’histoire de dessiner les opérations militaires de la première phase de la guerre et je ne me souviens pas non plus de la question qui m'avait servi de bonne excuse pour étaler ma fraîche connaissance de passionné.

En écrivant ces lignes, je suis tout de même allé vérifier, car depuis quarante ans, le souvenir de cette anecdote m’a toujours fait douter de la réponse et je vous le confirme ici : c’est bien von Kluck qui commandait la 1ère armée allemande, vous savez, celle qui menace Paris plus tard et dont l’épisode des taxis de la Marne assurera le retournement en prélude de la bataille de la Marne qui stoppera l'avance allemande. Les taxis, le général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, vous vous souvenez ? Mais oui, celui qui envoie par ce moyen deux régiments d’infanterie, les 103e et 104e, pour boucher un trou, mais qui surtout donne une image symbolique d’unité nationale, non ? « Non mais c’est pas vrai ! Quarante ans après, Il y en a toujours qu’un seul qui travaille dans cette classe ! »

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