Elle arrive. Une voiture de superviseur SPVM s'approche et avance dans le petit groupe de gens qui jouent au milieu de la route. On est alors deux ou trois cents. Les casseroles commencent à marteler au même rythme en se densifiant devant la voiture. Personne ne tape sur la voiture. Une seconde puis une troisième auto de patrouille arrivent.

Les percussionnistes de cuisine continuent de plus belle et tout le monde chante à tu-tête : « Bouge ! Bouge ! Bouge ! ».

Explosion de joie quand le superviseur remonte dans sa voiture et commence à la faire reculer. Évidemment la foule se met à la suivre, hilare et le départ de la marche improvisée de la 31e soirée de manif est donné. Le superviseur fait demi-tour et les deux autos ouvrent la marche vers l'est.

« Ta loi spéciale, on s'en câlisse ! » chantons-nous en marchant, salués par les gens aux terrasses et sur leurs balcons. Arrivés à Papineau, le groupe laisse les deux voitures de police continuer toutes seules et tourne vers le nord. À chaque carrefour, le petit jeu continue, les policiers ouvrent à plusieurs reprises une route qui n'est plus suivie.

On revient vers Mont-Royal, toujours plus nombreux et que découvrons-nous devant nous : un autre groupe spontané venant à notre rencontre. Nouvelle explosion de joie au fur et à mesure que les deux cortèges se fusionnent pour tourner sur Christophe-Colomb vers le sud. On est alors près de deux mille.

L'arrière-garde des deux cortèges restera là une bonne demi-heure à jouer et chanter sur le carrefour. Quand je suis parti, j'ai croisé des voitures de police qui s'en approchaient. Et j'ai rejoint un autre cortège, peut-être celui laissé sur Christophe Colomb, qui fusionnait encore avec une marche descendant St-Denis. Le tout est parti vers l'ouest et le Mont Royal.

Je m'arrête temporairement pour raconter et témoigner de tout ceci : une incroyable soirée de joie, mais aussi de défi. Il ne me semble pas qu'il y ait d'itinéraire de transmis au policiers avec un préavis de huit heures par les organisateurs, ni même d'organisateur.

Juste un peuple qui dit non, pacifiquement, content d'être uni, le non qui fonde les droits et les légitimités.

« Ta loi spéciale, on s'en câlisse ! ». Un vrai gouvernement retirerait sa loi inapplicable, liberticide et qui a pour résultat d'amplifier ce contre quoi elle a été écrite et votée.

Au moment où je finis ce billet, un autre cortège passe sur Mont-Royal, coin St-Denis, où j'écris et j'apprends que ça se continue sur St-Laurent et Bernard ainsi qu'au centre ville. Un bon moyen de suivre : Twitter sur #Manifencours