Je retrouve ce que j'en avais écrit en 2005, sur notre cercle de lecture, au sujet de son journal, Une vie bouleversée.

Une vie bouleversée mais aussi bouleversante, une personalité attachante et un témoignage pour la vie au milieu d'une période de mort et de haine organisées : la seconde guerre mondiale, le contraste avec la petite vie d’intellectuelle célibataire rangée, la ségrégation antisémite, la déportation, les camps, le génocide… Mais Etty se hisse au-delà de l’horreur de son époque pour célébrer la vie.

Elle ne fuit pas, ne se sentant pas d’une essence supérieure à celle du prochain qui la remplacerait comme victime. Elle ne se réfugie pas dans un délire spirituel pour nier cette réalité funeste. Elle ne se bricole pas non plus une béquille religieuse ou politique pour expliquer ou excuser la Shoah.

On se sent en droit d’être révolté, de l’accuser de passivité, de démission, de suicide, voire de collaboration. Mais elle témoigne d’une quête intellectuelle et spirituelle, d’une vie qu’elle veut considérer dans son ensemble, complète et dont elle refuse de retirer tel ou tel aspect dérangeant ou douloureux.

En ce sens elle assure à l’humanité une cohésion et une cohérence, exactement à l’inverse du projet nazi qui est de retrancher de l’humanité une part ce celle-ci.

« Je suis de taille à affronter notre époque, je la comprends même un peu. Si j’y survis et que je dise encore : la vie est belle et pleine de sens, on me croira sur parole. » (p.190)

Et comme les racines de France Culture appellent celles de Romain Gary, je trouve que le message et la vie d'Etty rappellent la question de l’après : après l’horreur, après l'absurdité du moment présent, après le déréglement. Non pas simplement l’espoir de jours meilleurs pour supporter le poids de ceux de l’instant, mais le témoignage de la dignité, nécessaire et seule réponse à la barbarie, et qui pourra transmettre l’espoir. Et je repense à la belle anecdote des hannetons et de l’Allemagne sur le dos.

PS : Ne négligez pas les lettres de Westerbork qui suivent le journal et surtout celle du 24 août 1943 (p. 323) qui vous conduira à la conclusion.