Le convoi de l'eau
Par Vincent François le mardi 12 avril 2011, 23:26 - Littérature - Lien permanent
Au Japon, un homme, travaillant dans une équipe de construction de barrage hydro-électrique, se retrouve sur un nouveau chantier dans une vallée fermée et humide face à un hameau retiré. En même temps qu'il est témoin et acteur de l'installation du chantier qui devrait détruire le hameau, se mettent en place des parallèles entre ce qu'il vit aujourd'hui et son passé qu'on découvre peu à peu tragique.
On retrouve, dans un environnement très aqueux – brouillards persistants, moiteur angoissante, pluies fréquentes, ruisseau gonflé et barrage à construire – un jeu entre sa vie personnelle passée et le présent vécu par l'équipe et les habitants du hameau, face à face. Des allers-retours entre son microcosme intérieur et le macrocosme dans lequel il a choisi de vivre pour s'éloigner de sa vie antérieure, qui l'aident à comprendre ou simplement accepter les autres et leurs propres histoires.
Le narrateur offre finalement souvent un comportement de sage même si on sent qu'à l'intérieur de lui-même, il n'a pas vraiment trouvé de sérénité et continue à chercher une forme de rédemption et de paix dans cette vie de défricheur de vallées pour barrages et dans les gestes des autres.
Et dans ce conte moderne et magique à la fois, on accepte facilement ce hameau vivant en autarcie, inconnu de l'extérieur, ses habitants et leur logique d'abnégation, leurs pratiques collectives rituelles, leur sauvagerie vis-à-vis de leur conception de l'honneur et jusqu'au bout, on se demande quelle sera leur réaction finale face à ce projet destructeur de leur milieu de vie. Une forme aussi de l'éternel combat entre la modernité électrique et la tradition.
Le convoi de l'eau, Akira Yoshimura, 2009, Actes Sud
