En première partie, Joann Sfar (dessins), beaucoup plus léger ; nous accompagnions l'auteur du Chat du rabbin et de Petit vampire croquant des orang-outans qui n'arrêtent pas de bouger, des poissons morts aux halles qui ne pensent plus rien, des femmes, si leur mari ne tourne pas autour... Humour partagé avec d'autres dessinateurs, légèreté.

Rencontre

En plus de ces sujets passionnants et plaisants, j'ai fait pendant ces films une rencontre qui a été une demi-surprise. Je m'attendais bien à la trouver là, mais sans aucune assurance. Elle est apparue dés les premières images, à portée de ma main, alors que le dessinateur à l'écran s'escrimait à faire rentrer avec son stylo à encre sur une feuille plate un singe se baladant de branches en branches en 3D.

Elle est souvent avec moi ces derniers temps et je porte dans mon sac au quotidien tout ce dont elle a besoin. En vacances, j'essaye de la contacter mais avec une certaine angoisse car si ça ne marche pas avec elle quand j'ai le temps, que sera-ce submergé par mon boulot de capitaine d'épave ?

Il me semble que je la connaisse depuis toujours, mais je l'ai rencontrée chez un ami que je n'avais pas vu depuis très longtemps, 32 ans en fait, et elle m'a sauté aux yeux. Cet ami me l'a présentée alors quand il m'a demandé tout simplement avec évidence : « Alors, tu es devenu dessinateur ? »

Ce soir j'ai rencontré un fantôme surgi du passé : l'envie de dessiner et de peindre. Quel plaisir de voir Sfar se lancer sur ses carnets, d'évoquer le grand Corto Maltese au moment de lâcher son aquarelle sur son trait, sans filet, sans crayon. Moi aussi!

Alors vais-je rattraper ce fantôme ou le laisser s'enfuir, quitter la salle de cinéma, traverser Sherbrooke à grandes enjambées et disparaître dans la profonde nuit de mon emploi du temps? Ou le rattraper comme un arrogant officier de dragons autrichien mortellement acharné?

À propos, saviez-vous que Romain Gary faisait intervenir dans tous ces romans un baron pétomane ?

Au final, il est dommage de ne pas pouvoir, à la fin du film, échanger sur tous ces sujets. Après avoir partagé ce moment d'art et réflexion, chacun s'enfuit comme une ombre dans la nuit, disparaît sans doute pour aller sortir son carnet à croquis ou plutôt pour se « retrouver » sur FB. En quelques minutes, il n'y a plus personne. Et ça manque. On pourrait parler un minimum au lieu de se retrouver tout seul. Pour comprendre ce qu'on a pas compris, se sentir moins seul ou au moins savoir pourquoi on l'est. En attendant de sortir un crayon et un bout de papier, la sélection au hasard de la musique sur mon vélo me fait chanter pour me réchauffer du Souchon, « Tu la voyais pas comme ça ta vie », puis « Ground control to Major Tom » de Bowie, « Autorisation de délirer » de Thiéfaine, « Plus rien que le silence », de Barbara et de vieux This Mortal Coil. Il n'y a pas de hasard, quoi.

Comic books go to war

Joann Sfar (dessins)