Le jeu des perles de verre : la préhistoire
Par Vincent François le jeudi 10 mars 2011, 20:48 - Réflexion - Lien permanent
Il y a bien longtemps - 30 ans - quand j'ai commencé à m'intéresser à l'informatique, je me suis posé la question suivante : puisque tout peut être numérisé, musique, peinture, textes, programmes, etc., est-ce que le code d'un joli tableau donnerait une jolie musique? Est-ce qu'on peut passer d'un domaine à un autre au travers de cette numérisation commune? Voici un début de réponse avec π mis en musique.

Les musiciens savent bien qu'il y a une harmonie entre la musique et les mathématiques ou la physique. Une octave correspond à un doublement de la fréquence de l'air portant le son. Chaque demi-ton d'un piano multiplie cette fréquence par 2 à la puissance 1/12. Les accords de tierce et de quinte ont des rapports de fréquence de respectivement 2 puissance 1/3 et 2 puissance 7/12... Une corde vibrante pincée à sa moitié sonnera une octave plus haut, etc.
Et c'est vrai qu'il est tentant d'établir des ponts entre cet art et ces activités de l'esprit et de voir dans chacune des élégances, des finesses, des ressemblances et des correspondances.
Voici donc les décimales de π, 3,14159..., mises en musique sur le principe qu'à chaque chiffre correspond une note de la gamme de do majeur.
L'interprétation et le principe du canon jouent beaucoup en faveur du résultat final, mais celui-ci n'a pas à rougir - et je ne vais même pas parler de musique actuelle!
Le jeu des perles de verre
Je suis en train de finir Le jeu des perles de verre, de Hermann Hesse et je me régale. Bien au-delà de ma petite idée tordue et de cette chouette réalisation, Hesse imagine un monde futur dans lequel ce genre d'échange a été depuis longtemps codifié et étendu à tous les domaines de l'art, de la science, de la religion et de la pensée humaine. Toutes les correspondances sont établies, connues, étudiées, travaillées au sein du jeu des perles de verre, une activité pratiquée par l'élite des hommes de science et de spiritualité de cette époque.
Alors, mettre π en musique ne serait-il qu'une préhistoire de ce futur amorcé par Hermann Hesse? Une tentative artistique de dresser une passerelle?
Et si je convertis ces décimales en lettres voire en mots tirés, disons, de la Bible, vais-je obtenir des paroles pour accompagner la musique? Et si j'y rajoute un peu de numérologie ou de tarot, plus une taxe sur la valeur ajoutée et que je sors un résultat temporaire en base 7, que je traduis en couleurs, est-ce que le tissage en 3 dimensions des arc-en-ciels obtenus permettra de voir une analogie avec un mode de propagation des feux de forêt? Sans vent? Faudrait essayer. Quelqu'un a-t-il déjà essayé?
Photo d'Avril
Commentaires
génial ! Merci !
Tres beau boulot d'orchestration !
Le résultat est super agréable. J'avais essayé le même genre d'exercice il y a quelques années en mélangeant mes études au conservatoire et mon bac scientifique... j'avais essayé avec les prénoms, en remplacant une lettre par une note. Les résultats sont toujours surprenants. Le plus difficile est de choisir une tonalité dans laquelle jouer la mélodie obtenue. Je vois que certains sont plus calés que moi en musique et arrivent à un résultat écoutable ;-)
Et maintenant : "La minute de la critique jalouse"!
Si on veut aller plus loin dans l'analogie du travail sur le nombre Pi, il y a une enorme erreur ! :-)
Il a choisi une séquence de 16 chiffres (il me semble) et l'a répété...
Alors que PI est le seul nombre (si je ne m'abuse) qui N'A PAS de séquence de répétition dans la décimale...
:-) . Ce qui devrait modifier du tout au tout la perception que l'on aura du résultat musical, puisque l'auditeur n'aura pas de ligne mélodique qui se répete, et ne pourra à aucun moment s'y retrouver dans le morceau. Du coup, à mon avis ça serait horriblement indigeste...
Comme quoi, même transposé en musique, l'esprit humain ne serait pas capable appréhender le nombre Pi à sa juste valeur décimale...
Voilà : c'était une remarque pour faire mon interessant ;-)
En attendant, c'est tres sympa à écouter. Merci pour cette découverte.
JB
Vincent,
Tu perds trop de temps en questions philosophique avec tout cette crachette de numerisation etc.
Il faut pousser à la roue.
Say what ?
@Lydia : Tu l'as lu, j'imagine. Je savais que ça te plairait...
@JB : Tout à fait d'accord sur la remarque de la répétition d'une séquence ce qui dénature le principe même des décimales de π et ne le fais pas apprécer à sa « juste valeur ».
@bill : La roue, c'est un cercle, donc π. C'est ce que je fais, non? ;-)
J'y pensais apres coup, et je me demandais ce que donnerait un morceau de musique sans aucune répétition de la mélodie.
J'essaie d'imaginer ça et je me dis que ça doit ressembler à des musiques folkloriques japonaises, hindoues ou soufies, ou la (le) chanteuse (chanteur) s'accompagne elle (lui)-même. Sur ces morceaux , je n'ai jamais réussi à reconnaitre un refrain ou un couplet.
Est-ce que c'est réellement sans répétition, ou est-ce que c'est ma culture musicale orientale qui est faible ?...
A creuser
JB