En effet, en février 1990, alors que je me rendais à Abidjan pour passer une année de stage de fin d'études, j'étais allé rendre visite à Isabelle et Marc en poste à Kpalimé au Togo, avec lesquels j'avais découvert l'Afrique trois ans plus tôt. Nous avions en effet participé au même chantier à Guigui au Burkina Faso.

En échange des petits chèvres secs que j'avais rapportés après les avoir commandés au fromager en France avec le cahier des charges suivant : « deux semaines dans un sac à dos en Afrique noire », Isabelle m'avait prêté Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo, pour lire pendant le voyage restant. Malheureusement, j'en avais arraché accidentellement la couverture et celle-ci, en attendant longtemps d'être recollée, s'est séparée peu à peu du reste du livre.

Depuis, la couverture et le livre ont traversé, séparément, une demi-douzaine de déménagements, d'Abidjan à Paris et diverses places de sa banlieue, de Meudon à Versailles en passant par Meulan.

Il y a onze ans, en émigrant au Québec avec mes bouquins, les aventures d'Esmeralda, sans leur couverture, m'ont suivi et se sont sagement tenues dans les cartons ou les étagères ou elles ont été assignées à vivre dans mon oubli.

La couverture, oubliée elle aussi, restait dans un des nombreux cartons de livres temporairement laissés encombrer la cave de ma mère.

Hier, elle est sorti de ma valise de retour de Paris et est allé se joindre au reste du volume après vingt ans et huit mois de séparation. Il n'y a plus qu'à trouver un bout de ruban adhésif pour que je puisse cocher dans ma liste de todos « Retrouver et coller la couverture de ND de Paris » et pouvoir avouer à Isabelle et Marc que j'ai bousillé leur livre, le finir et leur rendre. Ah! Les choses avancent!