Michèle Guigon balance entre le rire et la gravité et passe de l'un à l'autre en se balançant avec grâce, gardant toujours un pied de chaque côté.

Au-delà du texte, que je trouve magnifique et que j'aimerai relire (ou réentendre), le jeu de scène, pourtant simple, est très expressif. La mort-lumière qui saisit – bravo à l'éclairagiste dont c'était la première représentation de ce spectacle – le visage qui prend l'âge de la vieille femme qui essaye d'attraper une tasse, mais aussi les jambes de l'ado qui perd son temps!

Et sans cesse, d'analogies en miroirs, on balance dans les thèmes du spectacle. La naissance pour commencer, mais aussi pour recommencer quand les cils et les cheveux repoussent après la chimio. Analogies poétiques et dialogues d'un bout à l'autre du spectacle entre l'entrée sur scène qui s'effectue en force dans un rai de lumière, la technique d'escalade de cheminée en montagne et nos propres limites que nous offre la maladie et qui nous permettent de la même manière de nous élever et de contempler le paysage vu du sommet. La maladie comme un voyage...

J'en retiens en tout cas que pour traverser une maladie, il est conseillé d'être en bonne santé!

Et j'allais oublier l'accordéon – son souffle au cœur – qui ponctue le tout de chansons et de musiques vraiment touchantes.

Après le spectacle, j'ai eu la confirmation que la personne qui avait inspiré le passage sur les noms propres qui disparaissent – à la différence des mots sur le bout de langue dont on sait où ils sont, puisqu'il sont sur le bout de la langue – était bien celle que j'avais devinée. Michèle nous a raconté autour d'une soupe à l'oignon qu'elle s'était aussi endormie derrière un canapé en allant chercher quelque chose dans son sac... Elle se reconnaîtra!

Si vous êtes à Paris, allez la voir au Théâtre du Rond-Point. Si vous êtes à Montréal, patience et contact, elle pourrait revenir nous faire partager son magnifique spectacle. En attendant, elle a pignon sur Web :

  • Le site de la compagne du P'tit matin (http://www.cie-ptitmatin.com), où vous pouvez écouter un riche entretien de France Culture avec Laure Adler, un beau moment d'échange et d'émotion avec de beaux cadeaux en bonus : Barbara lisant un extrait (que tout créateur doit lire) des Lettres à jeune poète de Rilke, Michèle Guigon chantant une des belles chansons du spectacle puis, en final, ma chanson préférée de Piaf : L'accordéoniste.
  • La bande annonce du spectacle : http://www.dailymotion.com/video/x5nagz_la-vie-va-ou-par-michele-guigon_fun

Merci Michèle!