La rumeur en direct et le vent du boulet
Par Vincent François le samedi 11 septembre 2010, 01:15 - General - Lien permanent
Cette semaine, j'ai été témoin d'une situation bien de notre époque, amusante par sa forme, pas par son fond et, en même temps, j'ai bien senti le vent du boulet...

La partie amusante a été d'observer en direct la formation d'une rumeur, son amplification, ses négations, ses confirmations. La rumeur n'est pas une chose bien nouvelle, mais quand elle court sur Twitter et qu'elle est indexée en direct par Google, on se retrouve dans la situation de quelqu'un qui, placé entre toutes les bouches et toutes les oreilles, en entendrait tous les chuchotements, toutes les répétitions, toutes les évolutions.
Untel annonce - un ancien ministre libéral - qu'untel a dit - un autre ancien ministre libéral - qu'untel - un troisième ancien ministre libéral - venait de décéder. C'est un des points de départ et à coup de « retweet » le message se propage. Puis apparaissent d'abord timidement les messages disant sagement que ça n'est pas confirmé - et ils sont à leur tout répétés. Le premier untel commence à se dégonfler et met en cause le second untel en se dédouanant d'avoir fait passer le message et donc de l'avoir cautionné... Puis le volume augmente d'un mélange de confirmations, de répétitions, de non-confirmations, le tout sous mes yeux, sur mon écran...
Ça c'est pour la partie amusante. Car après - et derrière - cette petite animation numérique de la rumeur se cache la triste vérité qui se rappelle à nous comme dans une fin de roman de Sagan. Claude Béchard, que nous avons très souvent fortement combattu quand il était au pouvoir a pris sa retraite de la politique à 41 ans à cause d'une récidive d'un cancer du pancréas et est décédé quelques heures après. Malgré les différents majeurs qui nous ont toujours opposés, j'éprouve un sentiment de fraternité avec cet homme de mon âge qui, s'il a probablement manqué quelque chose de la vie, m'offre un message d'alerte assez fort payé.
Si on ajoute que ce décès a eu lieu le jour de la grande mobilisation pour les retraites en France, il y a certainement lieu de faire un lien sur le plan collectif aussi du genre « travailler pour vivre ou l'inverse ». Et quand je vois le pain que j'ai sur la planche actuellement et qui se confronte à chaque instant avec mes bonnes résolutions de rentrée et avec l'idée de faire croître la coopéraive que je dirige pour y créer une situation stable de travail, je me dis que ça n'est pas gagné. Est-ce pour cela que je sens cette semaine mon appendice se manifester? Attention aux boulets sur le champ de bataille.
Dans le flot des tweets, un seul était drôle : celui qui se moquait du cabinet du premier ministre qui avait immédiatement nié le décès « tellement qu'il est habitué à toujours tout nier ».