Les fils du sang de l'Histoire
Par Vincent François le lundi 4 janvier 2010, 01:55 - General - Lien permanent
Dans une allure, un trait physique, une couleur de peau ou de cheveu, assis dans un café, il aimait chercher et retrouver l'ancêtre. L'ancêtre plus typé, le trait plus marqué, éventuellement imaginaire...
Le Wisigoth qui traversait l'Europe au 5e siècle en repoussant le limès romain, l'Amérindienne œuvrant dans son village de huttes, le Viking, la femme peule migrant derrière ses troupeaux, le Grec étendard de la culture occidentale, le Romain centralisateur et dur à la tâche, l'Arabe raffiné et conquérant, le Juif, errant bien sûr.
À partir de ces stéréotypes, il laissait ensuite l'imagination habiller et équiper l'aïeul de cette passante, la lointaine parente de ce quidam occidentalisé et modernisé, puis leur donnait une histoire, une stature, une présence.
Georges Blond écrivait il y a vingt ans qu'il avait rencontré enfant un vieil homme qui avait connu, lui-même enfant, des survivants de la Grande Armée. Un seul relais suffisait entre cet auteur contemporain et les grognards de Napoléon, même en tirant sur ces vies et en faisant raconter à de jeunes enfants des souvenirs de vieillard, c'est tout de même assez proche.
Se remémorant cette introduction de Georges Blond, il mesurait la faible distance entre aujourd'hui et un hier devenu historique, passablement oublié, en tout cas étiqueté et rangé.
« Et même si notre époque a remplacé sa mémoire par une ardoise magique – qu'on secoue pour oublier – et ses connaissances par une capacité à se renseigner. »
Rêvassant, il se disait que c'était bien beau de ne plus savoir grand chose sous prétexte qu'il fallait désormais apprendre à rechercher l'information. Rejeter le « par cœur », les « dates » au profit d'une capacité à utiliser son Google, parce que l'information change rapidement et devient obsolète trop vite...
Mais à quoi sert de savoir chercher si on n'a plus de raison de le faire, si on ne sait pas pourquoi chercher et si on n'a même plus les connaissances minimum qui permettraient d'y rattacher le fruit de ses nouvelles recherches, si compétentes et si faciles?
Et puis, comment une connaissance historique peut-elle devenir obsolète? Même une grande partie des connaissance du présent ne deviennent pas nécessairement obsolètes. Elles deviennent historiques, tout simplement...
Puis il repris son observation des fantômes derrière les passants : le beau mélange, le beau métissage, si sympathique et qui offre ces belles occasions d'échange, de compréhension. Mais qui tait les différences, celles qu'il font justement l'intérêt de l'échange de ces diversités. Pourvu que le métissage ne nous fasse pas tous nous ressembler et nous fasse oublier ces histoires différentes passées ou même imaginées...
Puis, s'apercevant dans le reflet d'une vitre d'auto passant au ralenti, il se demanda si cela s'appliquait à lui aussi, à moins qu'il ne soit la pure neutralité et la normalité centrale incarnées...