Une saga nordique qui continue?
Par Vincent François le vendredi 18 décembre 2009, 16:31 - General - Lien permanent
Sa grand-mère normande puise ses racines dans l'entourage de Guillaume le Conquérant, qui avait établi son fief viking, la Normandie, en profitant des disputes intestines au plus haut niveau du petit royaume de France. Alors que les autres Vikings se présentaient à l'embouchure des fleuves européens et les remontaient semant la mort et pillant sur leur passage, certains s'étaient mis à participer aux querelles locales, instrumentalisés qu'ils étaient par les uns ou les autres, représentant une force sinon à endiguer du moins à instrumentaliser et rediriger vers son voisin.

Ils ont pu ainsi apporter, dans la violence, les éléments et les outils de la féodalité dans toute l'Europe, jusqu'à Byzance et même jeter les premières bases de ce que deviendront la Russie, la Pologne, l'Ukraine...
Et à l'ouest, après s'être installés en Grande-Bretagne, ils sont partis coloniser les îles Shetland et Féroê, l'inhospitalière et si fragile Irlande, pour aller même jusqu'à s'établir au Groenland et au Vinland, l'actuelle Terre-Neuve.
Assez loin de leurs bases, leur technique d'agresser les populations autochtones, technique, qui avait fait ses preuves chez les Européens divisés, n'a pas dû durer longtemps avec les Amérindiens. Si une poignée de berserks lourdement armés a pu facilement mettre en déroute quelques Algonquins curieux et lestes, quand ceux-ci sont revenus avec de nombreux copains, associés à leur connaissance du terrain, et des manières d'y survivre, notamment en hiver, les Scandinaves n'ont pas tenu le coup bien longtemps et leurs traces n'ont pas marqué une couche bien épaisse des sédiments qui font la joie des archéologues.
Au Groenland – peut-être appelé « Terre verte » par souci marketing de susciter l'envie de venir s'y établir depuis Oslo, Stockholm ou Bergen – l'établissement a duré plus longtemps, près de cinq siècles C'était un peu moins loin à ravitailler, ce qui leur a permis de s'accrocher plus longtemps à leurs habitudes européennes et ainsi refuser de s'adapter à ce nouveau milieu. Mal leur en pris car les Inuits qui s'y sont installés à peu près à la même époque n'ont pas hésité à bouffer crus poissons et phoques et ils y sont toujours.
La suite
Mais revenons à notre héroïne du jour. Qu'a-t-elle à faire avec tout cela, ces invasions réussies ou ratées de ses ancêtres? Rien, si ce n'est qu'ayant rencontré un obscur descendant de Francs dont les origines sont au moins passés par le centre de l'Europe – loin des côtes et peut-être des fleuves grouillant de drakkars – elle a débarqué en Amérique du Nord à son tour, un 24 juin 1999.
Pas de drakkar, d'envie d'en découdre, de planter un fanion de tribu ou de remplir les sagas au retour. Deux enfants respirant déjà à ses côtés, le troisième en apnée dans son ventre. Juste un charter civil, quelques bagages qui suivent dans un gros cargo en métal et la curiosité d'un nouveau monde en en quittant un devenu trop connu.
Va-t-il falloir apprendre des Iroquoiens les méthodes pour passer l'hiver : déneiger son driveway? Décorer de guirlandes électriques? Traverser Montréal de galeries marchandes en souterrains surchauffés? Pelleter pour dégager son o... de char?
Faudra-t-il apprendre à chasser le phoque et le manger cru pour en tirer les vitamines nécessaires pour combattre le scorbut? En conserver des pains de graisse pour s'éclairer ou se chauffer?
Muriel vous le dira elle-même.