Au delà de l'aspect ethnographique, parfaitement réussi, et même au-delà de l'effet repoussoir des conditions de vie, je trouve qu'il y dans ce livre beaucoup de notions qui touchent à l'universel, qui dépassent cette culture inuite particulière et qui concernent toutes les cultures humaines.

On pourrait pu aussi bien intituler l'ouvrage Iriook, du nom de la femme d'Agaguk, car si l'histoire est bien articulée autour de la vie de l'Inuk, ce sont ses changements, ses évolutions, le plus souvent liées au rôle de sa femme, qui en constituent la trame. Et ce rôle n'est pas celui d'un aiguillon, d'un éperon pour diriger la puissance masculine. Ce n'est pas non plus le lent polissage des ses rugosités. Iriook apporte des changements fondamentaux à leur vie, tantôt suite à des événements qui lui donnent une place nouvelle, tantôt par le simple déploiement de ses pleines capacités d'être humain à part entière, libérées du diktat de la continuation de la tradition.

C'est comme une transformation à tiroir. L'homme, sans le vouloir, casse le lien traditionnel en changeant de terrain par simple expression de sa volonté de profiter d'une liberté totale. Ainsi il provoque l'apparition des conditions dans lesquelles sa femme peut prendre une place que la tradition ne lui reconnaissait pas. Et au final, il se retrouve bénéficiaire de ce qu'elle peut lui apporter de richesses, d'évolution et s'émanciper même de sa condition primitive. Le tout avec pas mal de grincement et de lutte interne.

Des petits malins diront qu'il se retrouve avec une bonne femme qui parle trop, comme quoi, des Inuits aux Occidentaux post-modernes, on n'a pas encore fini notre petite guéguerre des sexes...

En tout cas, je pense que les couples d'immigrants de tous temps et tous ceux qui auront connu des changements marquants dans leur vie, sauront y retrouver des échos de moments vécus ou de pensées partagées. En moins violent, j'espère.

Survie

Une autre notion très importante qui ressort de ce livre est bien la notion de survie. Depuis nos petites maisons surchauffées, entre nos bureaux formatés et nos supermarchés délivrant notre pitance sans origine, dans nos petites autos asphyxiantes à partager nos idées et nos loisirs sans racine, la vie des Inuit apparaît violente, primitive, inhumaine et intolérable. Et même en critiquant l'absurdité de notre culture hors-sol, personne ne souhaite se replonger dans cette lutte sans concession pour la survie.

Ceci dit, l'histoire passée des Inuits est celle de l'adaptation et de la capacité de survie. Ils ont su s'adapter aux conditions de vie, aux nourritures rencontrées, là où les Européens, comme les Vikings, ont échoué, au Groenland. Et lorsque ces Vikings se sont accrochés à des modes de vie européens et ont refusé par exemple d'adapter leur alimentation en mangeant du phoque, ils ont peu à peu précipité leur chute et disparu exactement là où les Inuit ont su maintenir leur présence.

Notre mode de vie destructeur clairement de notre environnement frappe en premier les plus faibles, notamment ceux qui n'en profitent même pas et les Inuits font partie des premières victimes directes du réchauffement climatique. La saga de la survie et de l'adaptation n'est donc pas finie.

Ce livre fait partie de notre cercle de lecture 2009.