Syngué sabour (Pierre de patience)
Par Vincent François le samedi 5 décembre 2009, 23:34 - Littérature - Lien permanent
Une magnifique histoire d'Atiq Rahimi, écrite comme une pièce de théâtre, mis à part l'unité de temps. Un beau conte sur l'opposition entre l'homme, la guerre et ses pulsions, et la femme, la paix, l'attente et l'incompréhension.
La guerre est donc évidemment absurde, sous forme d'absence et de présence, sourde ou fracassante. Le guerrier passe doucement du rôle de victime au rôle d'idiot. Et peu à peu se dessine un genre de schéma simpliste mais vrai sur l'imbécilité de la guerre.
Le tout sur fond de religiosité intransigeante et, tout comme la guerre, absurde, présence et absence à la fois... Ainsi, le hideux mélange de guerre et de religion renforce l'absurdité propre de chaque ingrédient. Et tout ce la nous est servi au travers du regard d'une femme, seule, qui représente toutes les femmes qui sont le plus souvent – avec la vérité – les premières victimes des guerres et des religions.
On est tenté de se dire, détaché par notre position de lecteur, qu'au moins, on a pas tout ce fatras de croyances, de prières, de rapports sociaux, familiaux et de guerres fratricides. Tout au plus avons-nous quelques commémorations sans péril.
Quoique, étant citoyens de pays engagés en guerre en Afghanistan depuis plus de huit ans, sans résultat, sans objectif ni espoir, nous pourrions nous sentir concernés par cette guerre afghane. Mais bien entendu, nous en sommes protégés, autant par la distance que par l'aveuglement volontaire qui nous fait oublier l'effort économique et politique que nous déployons pour la financer, en payant nos impôts et en acceptant de conserver pour nous représenter ceux qui l'ont déclenchée et la prolongent.
Mais dans notre confort occidental qui nous distancie de l'horreur absurde de la guerre et nous permet d'en juger à notre aise les protagonistes, nous avons oubliés que notre situation de paix et nos moyens financiers proviennent de notre main-mise sur les ressources du monde, fruits d'autres guerres et d'autres religions, absurdes, violentes et fracassantes. C'est du passé ou du lointain pour nous, mais nous en profitons très largement au présent.
Puisse cette pierre de patience nous le rappeler.