À l'ouest, mon grand-père paternel Paul François, après avoir été réformé en 1914 pour défaut de constitution – il est mort en 1989 à 100 ans, voyez la fiabilité des tests de l'armée! – était finalement appelé à porter l'uniforme français pour conduire une « automobile à pétrole » à l'arrière du front.

À l'est, dans l'armée allemande, mon arrière grand-père maternel, Konstanz Hesse, trouvait la mort face aux Russes la même année.

Fallait-il qu'il soit bien éméché – ou clairvoyant – pour que l'un ou l'autre imagine que son petit-fils ou arrière-petit-fils puisse être aussi aussi celui d'un des gars d'en face, leurs propres enfants étant nés respectivement 33 ans plus tard et 9 ans plus tôt...

Paul François, étant né à Charleville-Mézières dans les Ardennes françaises et Konstanz Hesse en Allemagne, ce n'est qu'au niveau de mes parents, respectivement fils et petite-fille, que la jonction s'est faite, en banlieue parisienne.

Cela rappelle fortement Les deux oncles de Brassens. Et c'est sans doute pour cela que quand je commande mes petites divisions de carton sur les hexagones de Tannenberg ou de Verdun, je ne fais que suivre des traces familiales pour conclure avec Brassens :

Que les seuls généraux qu'on doit suivre aux talons,
Ce sont les généraux des p'tits soldats de plomb.