Oui, il y a des gens qui ne savent pas que chaque année se tient à Montréal le Festival des films du monde, mais je ne m'adresse qu'à ceux qui le savent bien sûr, sinon nous ne serons plus sûr de trouver des places à chaque séance!

Cette année, j'ai déjà pu voir 6 films en 3 jours, à savoir :

14-18 The noise and the fury, un documentaire en anglais retraçant la mémoire d'un poilu français sur fond d'images historiques, de films et de musiques d'époque dont l'émouvante Chanson de Craonne. Chaque année est montrée avec ses spécificités ainsi que l'avant et l'après guerre.

Je te mangerais, un drame français, dans lequel une jeune fille qui s'installe chez une autre en colocation à Lyon pour se consacrer à ses études de piano vit une relation compliquée plus ou moins à trois. Le tout sur un ton très juste, un mode dramatique qui ne tombe pas dans le cinéma et ses clichés. Qui s'a frotte, saphique. Avec une musique très présente, très riche et très bien mise en valeur de Schuman, Schubert, Bach et Ravel notamment.

Dear doctor, un film japonais, sous-titré en français, l'histoire d'un médecin de campagne qui disparaît du petit village où il pratique, racontée en parallèle comme une enquête sur sa disparition et sa vie dans ses dernières semaines. Secret médical et secret tout court. Médecine légal et médecine sociale, plein d'humour.

Poto Mitan : Haïti women, pillars of the global economy, un documentaire en créole, sous-titré en anglais, racontant au travers du témoignage de 5 femmes haïtiennes, la dégradation des conditions de vie haïtiennes et les liens avec la mondialisation dont nous bénéficions au quotidien de notre côté. Avec ces situations sinistres se retrouvent les chants et les danses qui permettent à ces femmes de rester de génération en génération les piliers de la société et du monde, tout comme le Poto Mitan du vaudou autour duquel et avec lequel tout se fait. « Si elle ne peut atteindre la terre promise, au moins peut-elle faire que sa fille ait des chaussures pour y arriver à son tour. »

Le ballon blanc, un conte iranien en farsi, sous-titré en français, dans lequel une petite fille têtue se trouve coincée dans tout un tas de rencontres à la veille du jour de l'an.

Et pour finir, Kamouraska, présenté ce soir en grandes pompes, après restauration de la copie de 1995 qui elle-même reprenait le travail de 1993 de Claude Jutras qui avait enfin pu fait le film dont il était satisfait, à l'inverse de sa version originale de 1973. La salle accueillait de nombreux acteurs et techniciens 26 ans plus tard. On y retrouve l'ambiance du livre éponyme d'Anne Hébert que j'avais particulièrement apprécié : longueurs, inquiétudes, impasses et les trois couleurs - plus présentes dans mon souvenir du livre - blanc de la neige, rouge du sang et noir des sentiments.

C'est donc tout un régal que de croiser pendant quelques heures prises sur le quotidien une petite famille de Téhéran, des médecins dans un village japonais, des femmes haïtiennes, les « sacrifiés » du Chemin des Dames, des étudiantes lyonnaises et de recevoir leurs différences, ce qui nous rapproche et ce qui nous éloigne. Car tous ces films viennent avec leur Grandes Vérités Universelles et leur authenticité locale et nous aident à tirer de nous-mêmes notre universel et notre local.

Jusqu'à lundi 7 septembre sur www.ffm-montreal.org