Une nuit burkinabè
Par Vincent François le dimanche 23 août 2009, 00:12 - General - Lien permanent
Cette nuit burkinabè est une des plus belles soirées de ma vie, en juillet 1987, au Burkina Faso où j'étais parti pour mon premier chantier de construction d'école.

Suite à un dimanche passé à Pouni, petite préfecture locale, pour un match de foot mémorable auquel je n'ai d'ailleurs pas participé étant blessé au pied. Après m'être fait nettoyer ma plaie à la cheville par une charmante étudiante en médecine française travaillant comme nous sur un des chantiers de l'ACMAP (Association pour la Construction d'une Maternité à Pouni), avec des ciseaux et de l'alcool à 90°, il n'était plus question de retourner en vélo. Marc et moi sommes donc rentrés sur la mobylette, chargés, sur le bras gauche, de la roue de la brouette enfin réparée, et sur le bras droit, de la béquille géante taillée dans le bois, d'Olivier, dans l'espoir de regagner notre village de Guigui : dix à quinze kilomètres de brousse à parcourir avant la nuit.
« En Afrique, quelle que soit l'heure à laquelle on part, quelle que soit la route empruntée, quel que soit le moyen de déplacement utilisé, quelle que soit l'urgence visée, on n'est jamais sûr d'être arrivé avant la nuit. »
- « Proverbe africain » fait maison (à partir de fréquentes occurrences burkinabè, togolaises, ivoiriennes et maliennes!)
Évidemment on s'est perdu. Évidemment la nuit nous a rattrapés. Évidemment on a eu à franchir des marigots et des bas-fonds... Et on a échoué dans un autre village, Valiou, celui d'une autre équipe de l'ACMAP emmenée par Dominique.
Nous y avons passé une soirée mémorable à discuter et échanger. Mais ce qui m'a beaucoup plu et constituait pour moi une découverte, était le fait de n'avoir rien avec moi (à part la roue de brouette et la béquille géante, bien entendu). Juste mes habits, mon couteau (ma b... et mon couteau, quoi). Cette espèce de simplicité, de dénuement, le fait d'être reçu simplement sans s'annoncer, de partager ces moments évidents, puis de repartir au petit matin, riches de ces rencontres, m'avaient beaucoup séduit.
Bien des années après, je me rends compte que c'est ce dénuement, cette simplicité que j'apprécie retrouver dans le camping ou le voyage, cette évidence de ne pas avoir besoin de grand chose sur le moment et ainsi ne pas avoir à me soucier de bagages qui m'alourdiraient, me ralentiraient, me fixeraient et en profiter pleinement. Posséder le minimum avec moi, laver, remplacer, acheter ce qui peut manquer le cas échéant, donner, rendre, mais pas trimballer.
Et ainsi se rendre disponible pour les moments gratuits de l'existence, permettre à la simplicité de dresser la table pour l'échange sans fioriture, plus proche, plus authentique.
Et cette anecdotique petite soirée n'en est qu'une parmi les perles et les découvertes que mes chantiers au Burkina Faso m'ont offertes. Trois chantiers de construction d'écoles en 1987, 1988 et 1989, trois villages dans trois régions très différentes.
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J'y reviendrai car c'est une des étapes les plus importantes de ma vie...
Commentaires
Superbe expérience de vie :-)
Très juste ce que tu dis ami Vincent
@Loïc, oui ces chantiers au Burkina concentrent une grande partie des meilleurs moments de ma vie; j'en ai quelques autres à raconter.
@Mad'lène, tu sais que je sais que tu sais de quoi je parle! Et d'ailleurs, tu es la seule à réagir. Ni Marc, ni Isabelle, ni Laurent, ni Dominique, ni Chantal ne se sont manifestés. Sauf Dominique, qui s'est désabonné de la liste des passagers il y a peu... Va comprendre! :-(
je m'appelle deyo j'ai été un chantier à valiou en 1987 construction en 17 jours sinon je suis de pouni et vis maintenant en france . dominique était le chef de chantier c'était une belle année
@deyo
Quelle surprise que ton commentaire! Et par quel moyen es-tu tombé sur ce billet?
Dans un monde si grand et si peuplé, quel vertige de penser que nous nous sommes croisés sans nous connaître dans ce village de Valiou pour quelques heures en 1987 pour nous croiser à nouveau 22 ans plus tard, plus virtuellement, mais rapprochés par le souvenir commun de ces chantiers avec l'ADES-Pouni!
Les histoires de l'Afrique sonts toujours exotiques.
Ton histoire n'était pas trop exotique.
A re-ecrire S.V.P.