J'ai lu ce livre dans le cadre de notre cercle de lecture de l'année passée et il a été pour moi un moment passionnant. J'en ai apprécié le ton, l'intimité avec les personnages les conversations d'intellectuels, leur positionnement après-guerre et les questionnements sur l'utilité de l'art, de l'écriture et de la réflexion dans un monde qui sortait d'un affrontement énorme pour passer dans un autre avec la guerre froide.

J'avais conservé dans mes notes de lecture ce dialogue qui illustre bien mon questionnement actuel :

« – (..) Si on attend pour s'engager de rencontrer la perfection absolue, on n'aime jamais personne et on ne fait jamais rien.

 – Sans réclamer la perfection, on peut tout de même trouver que les choses sont plutôt moches, et ne pas avoir envie de s'en mêler, (..)

 – Moches par rapport à quoi? (..)

 – Par rapport à ce qu'elles pourraient être.

 – C'est-à-dire à des idées que vous vous faites (..) Évidemment, comparée à l'idée la réalité a toujours tort ; dés que l'idée s'incarne, elle se déforme (..).

 – Si ce qui existe a toujours raison, il ne reste qu'à se croiser les bras.

 – Pas du tout. La réalité n'est pas figée (..) Elle a un avenir, des possibilités. Seulement pour agir sur elle et même pour la penser, il faut s'installer en elle et non s'amuser à des petits rêves. »

Les mandarins, Simone de Beauvoir, NRF Gallimard, 1954, p. 554