Convaincre ou agir : un exemple
Par Vincent François le mardi 5 mai 2009, 00:34 - Actions - Lien permanent
À titre d'exemple d'application de « Convaincre ou agir », je prendrai celui d'un projet de loi considéré comme néfaste : faut-il expliquer aux parlementaires les enjeux ou en bloquer le processus de vote, de promulgation et de mise en œuvre ?
La première réponse qui me vient à l'esprit est de raisonnablement penser que seule l'éducation et l'information des représentants du peuple peuvent leur permettre de trancher le débat au mieux de l'intérêt général et patati et patata... Mais soyons sérieux, ou réalistes : manifestement – lorsqu'ils ne sont pas absents lors des votes – les députés français ne savent pas de quoi ils parlent avant de voter en notre nom. Je vous livre ci-dessous un florilège de réponses de certains d'entre-eux en plein débat sur la loi Hadopi, à une question portant sur ce que sont le peer to peer et le streaming, sujets centraux de cette loi.
Rue89 : Hadopi : des députés un peu déconnectés…« Morceaux choisis : « c'est quelque chose de très positif et qu'il faut encourager » (un UMP qui, selon toute vraisemblance, devrait voter cette loi anti-peer-to-peer), « je sais ce que c'est mais c'est difficile à expliquer » (pas tant que ça puisque d'autres députés y arrivent), « je ne sais pas ce que c'est mais mes fils le savent et j'ai des doutes sur ce qu'ils font sur mon ordinateur » (aïe : selon la loi, c'est lui qui sera sanctionné, pas ses fils…) et, last but not least, « moi, je parle français, excusez-moi ».
Alors, convaincre encore des gens qui au prétexte qu'ils sont ignorants n'en sont que plus méprisants ? Ou agir en les ignorant – ce qu'ils font déjà, qui nous coûte collectivement très très cher et qui les justifiera de continuer ce suicide collectif ?
On peut aussi se souvenir du CPE, le Contrat Première Embauche. La population était opposé, la droit du travail international aussi, la réflexion en montrait l'imbécilité et pourtant les godillots de la droite s'étaient forcés à le voter. Et le Président de la République de l'époque, Chirac, avait finalement promulgué la loi mais – fait inouï – demandé de ne pas l'appliquer.
Résultat, la loi a été finalement reconnue illégale et abandonnée. Et sans en convaincre ses promoteurs...
Au Québec, nous avons aussi l'exemple des centrales à gaz du Suroît et de Bécancour, catastrophe écologique et économique, bloquée pour l'une, abandonnée pour l'autre. Sans convaincre non plus ceux qui ont voulu les passer en force.
Commentaires
Informer nos élus, nos délégués, est indispensable. Les convaincre est un autre enjeu.
On peut arriver à convaincre quelqu'un qui est informé et qui veut débattre. C'est impossible avec quelqu'un qui n'a pas envie de savoir.
Ici, les décisionnaires sont ignorants de ce qu'ils vont voter.
Si on leur demandait pourquoi, Ils répondraient certainement qu'il est impossible de connaitre tous les sujets...
Ce à quoi on pourrait répondre que c'est justement leur travail...
Et si on peut comprendre qu'un homme ne peut pas forcement ingurgiter (et comprendre) autant de dossier, on pourra légitimement demander à chacun pourquoi ils ont apposé leur nom en bas d'un document qu'ils n'ont pas compris...
le film de jean-pierre Jaud a pour titre :" nos enfants nous accuseront". Il a raison. Le député qui a des doutes sur ce que font ses fils sur son ordinateur devra rendre des comptes :
Il ne sait pas ce qui se passe et il ne sait pas ce qu'il vote...
Voilà la force de la peur :
-"il se passe quelque chose"
-"quoi ?"
-"je ne sais pas, mais ça fout les jetons !"
-"eh ben alors, faisons quelque chose !"
-"oui, mais quoi ?"
-"Je ne sais pas, mais il faut arreter ça !"
-"d'accord, on décide un truc parce que c'est trop dangereux!"
-"AH bon, c'est dangereux ?"
-" Ben surement ! Sinon, on n'aurait pas aussi peur"
-" C'est vrai. Ca me rassure que tu me dises que tu vas décider quelque chose parce que ça me faisait vraiment peur que tu sois inquiet"...
Et voilà : La boucle est bouclée :
La personne qui a lancé la peur propose la solution. On ne sait toujours pas ce que la solution va régler parce qu'aucun des deux n'a vraiment compris de quoi il avait peur.
Mais il a proposé une solution !
La plupart des gens sont rassurés.
Sauf ceux qui avaient été informé !
Eux, savent de quoi il retourne et agissent sans attendre des lois.
Agir, à quelque niveau que ce soit, est primordial.
Informer, à quelque niveau que ce soit, est indispensable.
Mais S'INFORMER est un DEVOIR pour les citoyens et les élus.
Le militant, le journaliste, le politique n'est pas seul à mettre en cause : Le citoyen DOIT s'informer.
A+
JB