Convaincre ou agir
Par Vincent François le lundi 4 mai 2009, 13:15 - Actions - Lien permanent
Depuis des années que je suis engagé dans différents enjeux sociaux, environnementaux ou politiques, je balance toujours entre deux approches différentes : 1. convaincre pour, ensemble, corriger ce qui doit l'être ou 2. avancer sans trop se soucier des avis des autres. Cette approche provient sans doute du fait que je ne suis pas né activiste, ni écolo et que le processus qui m'y a conduit est le fruit de réflexions et de remises en cause importantes, plutôt qu'une continuité.
Donc pour moi, puisque c'est essentiellement l'observation de la société et la remise en cause des mensonges qui constituaient mon fonds de croyances, il est très important de trouver et de dire le vrai. Les idées se doivent d'être solides, démontrables, partageables. En outre, la réflexion est un exercice rare et utile pour faire avancer la société donc d'autant plus précieux.
Mais la vérité s'avère toujours complexe et difficilement recevable par tous en même temps, pour quantité de raisons : la subjectivité, les connaissances préalables, les idéologies, la disponibilité à la remise en cause sans oublier simplement la maladresse à l'exprimer et à la partager.
Si on accepte la relativité de cette vérité – en restant même au niveau de vérités concrètes et vérifiables, loin des grands principes – alors on on accepte la différence de points de vue et donc la différence des conséquences qui en découlent avec toutes les misères qui les accompagnent. On le voit aujourd'hui avec la crise écologique : relativiser l'enjeu climatique, c'est accepter le point de vue négationniste et accepter ses conséquences criminelles sur les populations.
Alors, vaut-il mieux entrer dans la mêlée ? S'il est impossible de partir d'une même vérité avec l'autre, faut-il plutôt considérer que l'enjeu n'est plus de convaincre et de bâtir ensemble une vue commune, mais simplement de faire prévaloir son propre point de vue ?
Au risque, pour des motifs d'« efficacité », de mettre de côté sa propre vérité et d'utiliser les tactiques de la dialectique, les sophismes, la manipulation, etc. mais « pour la bonne cause » donc parfaitement excusable.
Au risque enfin d'amoindrir objectivement sa propre vérité, de la dénaturer, comme la torture pour le défenseur des droits de l'homme ou la peine de mort pour juger le présumé « terroriste ». Au risque finalement de justifier la « vérité » de l'autre puisque dans ce cas, seuls comptent les points obtenus sur le terrain de l'affrontement et non plus sur celui des idées.
Évidemment, c'est un mélange des deux qui se développe nécessairement et il n'y a pas de choix parfaitement tranché entre ces deux approches. Quelque soit le niveau de « pureté » de l'intention, à partir du moment où on construit une simple phrase pour dire un fait, le choix même de sa forme, l'intonation qu'on lui donne, le contexte de son élocution procèdent déjà de la tactique. Et chez le plus pourri des sophistes, il y a tout de même une valeur, au minimum celle de défendre son bout de gras et celui de ses proches.
Pourtant ce n'est pas le même esprit qui nous anime suivant qu'il s'agit de comprendre le monde et diffuser cette compréhension pour la partager et la travailler, ou agir concrètement afin que triomphent nos valeurs, plus ou moins indépendamment des gens qui en bénéficieront ou en souffriront.
Aujourd'hui, alors que le monde tel que nous le connaissons est en train de se disloquer sous nos yeux, la question me semble cruciale. Faut-il mettre la priorité à convaincre les gens capables de réflexion sur les choix de société suicidaires ? Ou faut-il les mettre de côté et remodeler le monde qui fond en considérant que certains rattraperont le train en marche et les autres seront abandonnés en route à leur incapacité à évoluer.
Si la première option porte le risque de s'enfermer dans une tour d'ivoire de pureté jamais assouvie puisque la réalité est de toute manière imparfaite, la seconde est exactement celle choisie par les démolisseurs actuels, ceux qui nous précipitent dans un chaos par le productivisme, la sur-consommation, la guerre, la négation du réchauffement climatique ; idem pour son corollaire révolutionnaire qui vise à produire un homme nouveau, non merci.
Qu'en pensez-vous ?
Commentaires
passe à l'action, c'est trop urgent et rien n'est pire que de regretter de ne pas l'avoir fait alors que tu en étais conscient !!! de toute façon dans les 2 cas y'aura tout le temps des chialleux...
profite des beaux jours quand même...t'en a aussi besoin toi pour te rebooster.
christine, philosophe du lundi
Une chose me gene dans ta question...
Tu proposes :
1 : On "communique", on "militantise", on transmet l'information en essayant d'ouvrir les yeux au plus grand nombre
et
2 : on modele le monde en esperant que certains rattraperont le train en marche.
J'ai bien peur que nous ne puissions PAS remodeler le monde assez vite pour que quelqu'un soit laissé pour compte.
A moins d'une action révolutionnaire terroriste violente, aucune organisation comme celles dans lesquelles tu oeuvres n'a la capacité de modeler le monde.
Par contre, et c'est là le fruit de ton opiniatreté à communiquer et à convaincre le plus honnetement possible,de nombreuses perrsonnes ont modifié leurs habitudes de vie (déjà peu consumériste) pour la rendre encore plus "eco-transparente" et "humainement-marquante". Je fais partie de ces petites gens qui sont passés du côté de ceux qui "modelent" une nouvelle philosophie de vie sur terre. Et cela est dû à la communication que tu prône dans ta première solution.
Alors, je suis d'accord, aucune des deux options ne provoquera un changement radical. Mais aucune n'est viable sans l'autre.
Dans mes discussions avec mes collegues ou mes amis, on me dit souvent que je suis utopiste et que les petites "obligations" que je m'impose tous les jours pour rendre ma vie moins polluante en detergents, en médicaments, en essence, en plastiques, en produits alimentaires industriels, bref, que tout ça ne changera rien. Le refrain est connu de tout le monde, j'imagine :
"tu crois que ce que tu fais, ça va changer quelque chose ? "
Eh bien, comme le dit cherbreteau, dans son post : "C'est vrai. Mais au moins, je le fais. Et je me sens bien mieux apres"
Mais c'est vrai que je ne suis pas militant à l'echelle ou tu l'es, et que si des gens comme toi arretent de gueuler bien fort, je n'aurais peut-être pas le courage et l'energie de prendre ta place.
Donc, ma conclusion :
La première option : Elle est indispensable.
Mais la deuxieme est primordiale sur le plan personnel.
Si l'une doit primer sur l'autre, il vaut mieux faire que dire.
EN fait, je viens de dire en un long paragraphe la même chose que cherbreteau avait dit en trois phrases claires.
Mais bon. Ca fait du bien d'écrire.
A+
JB
Lorsqu'on parle aux personnes avec son cœur on les atteint... au cœur. Lorsqu’on leur parle avec intelligence on les atteint... dans leur intelligence. Lorsqu’on y met de la psychologie on les atteint dans leur psychologie… Sans parler de l’affectif, du spirituel etc. et que dire des personnes que l’on dit charismatique. Et de certains qui sont bon dans l’action et l’organisation et qui vont toucher ceux qui aiment ça.
La réponse est si tu veux changer le monde il faut un peu de tout ça…
Et comme on n’a pas tout ça chacun ben finalement on ne peut pas le faire seul!
Donc là ou ta question est mal posée et fausse c’est que tu ne te regarde que toi!
Si tu veux changer le monde tu regarde qui veut le faire avec toi. A deux c’est mieux puis à deux on trouve un troisième qui sera plus touché par l’un des deux et etc.
Gandhi était seul mais il a libéré l’inde mais s’est trompé pour le Pakistan!
Jésus… finalement il en a convaincu… seulement 12! Et encore.
La résistance française à la dernière guerre… Ils étaient à peu près tous morts lors de la libération… Ceux qui étaient encore vivants étaient des résistants de la dernière heure.
Mais on n’a jamais compté les familles qui ont accueilli le voisin juif ou véhiculé des valeurs de partage autour d’eux.
Ce que je veux dire c’est la question n’a pas de réponse et même est très désespérante si tu ne regarde que ce que tu fais toi ou change toi-même ou si tu regarde ce que tu pourrais faire au regard de la tache…
La vraie réponse est dans la somme des petits riens qui sont réalisé à droite ou à gauche.
Donc peu importe comment tu t’y prends en essayant de convaincre? Si tu y arrive tant mieux!
En avançant sans se soucier des autres? Essaye ;-)
De toute manière dans les deux cas la vie (et les autres) sauront te remettre dans les rails plus ou moins violement si tu dépasse les bornes acceptables. C’est le prix à payer!
Bonne semaine!
Quelqu'un à dit : "il n'y a rien à croire, tout est à devenir"
Convaincre ? Je commence de moins en moins à y croire... (!)
merci de ton commentaire, Bernard!!!
J'aime beaucoup !!! et je vois tous les jours des exemples de ces petit riens qui font avancer le monde malgré l'ouragan ! alors agissons et/ou convainquons dans la mesure de nos moyens et compétences...
bonne fin de semaine au soleil!