Après avoir longtemps hésité sur le trottoir devant le cinéma à la sortie du film biographique, j'ai abordé un groupe de spectateurs débattant sur ce film émouvant que nous avions partagés ce dimanche après-midi. Nanti de leur réponse, je suis parti chez un gros libraire au nom coloré de la rue Sainte-Catherine, pour me faire entendre répondre qu'ils n'avaient aucun livre d'elle. Carl Sagan, en revanche...

Mais nous avons chacun autour de nous une saganophile cachée. Une fois découverte la mienne, celle-ci a entamé mon initiation en me confiant sa collection que j'ai commencée par le commencement « Bonjour tristesse ».

C'est drôle de penser que ce livre a pu faire scandale, en surprenant les lecteurs, en surprenant l'époque et en surprenant la vie littéraire. Cinquante-quatre ans plus tard, cette triple surprise a disparu : la notoriété de l'auteur précède de très loin ma lecture; l'époque et la littérature en ont vu d'autres... Il en reste tout de même un délicieux goût de précision des sentiments, de situations à la fois fortes et naïves, de personnages qui tentent avec difficultés d'être humains. Toute la légèreté et l'introspection font paraître la chute pus brutale, comme un rappel à l'ordre ou plutôt un rappel à la réalité des conditions: « alors je compris brusquement que je m'étais attaquée à un être vivant et sensible et non pas à une entité. »

Quelques pépites :

« Certaines phrases dégagent pour moi un climat intellectuel, subtil, qui me subjugue, même si je ne les pénètre pas absolument. »



« l'insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d'arguments pour se défendre. »

« Cela avait un côté indécent, humiliant mais chaleureux, deux hommes qui se livrent l'un à l'autre devant un verre d'alcool. »

« l'attendrissement est un sentiment agréable et entraînant comme la musique militaire. »

Au revoir tristesse, je file aimer Brahms...