Bonjour Sagan
Par Vincent François le dimanche 23 novembre 2008, 00:34 - Littérature - Lien permanent
- Bonjour, vous semblez connaître les oeuvres de Françoise Sagan. Je n'ai encore rien lu d'elle. Que me conseillez-vous pour commencer?
Après avoir longtemps hésité sur le trottoir devant le cinéma à la sortie du film biographique, j'ai abordé un groupe de spectateurs débattant sur ce film émouvant que nous avions partagés ce dimanche après-midi. Nanti de leur réponse, je suis parti chez un gros libraire au nom coloré de la rue Sainte-Catherine, pour me faire entendre répondre qu'ils n'avaient aucun livre d'elle. Carl Sagan, en revanche...
Mais nous avons chacun autour de nous une saganophile cachée. Une fois découverte la mienne, celle-ci a entamé mon initiation en me confiant sa collection que j'ai commencée par le commencement « Bonjour tristesse ».
C'est drôle de penser que ce livre a pu faire scandale, en surprenant les lecteurs, en surprenant l'époque et en surprenant la vie littéraire. Cinquante-quatre ans plus tard, cette triple surprise a disparu : la notoriété de l'auteur précède de très loin ma lecture; l'époque et la littérature en ont vu d'autres... Il en reste tout de même un délicieux goût de précision des sentiments, de situations à la fois fortes et naïves, de personnages qui tentent avec difficultés d'être humains. Toute la légèreté et l'introspection font paraître la chute pus brutale, comme un rappel à l'ordre ou plutôt un rappel à la réalité des conditions: « alors je compris brusquement que je m'étais attaquée à un être vivant et sensible et non pas à une entité. »
Quelques pépites :
« Certaines phrases dégagent pour moi un climat intellectuel, subtil, qui me subjugue, même si je ne les pénètre pas absolument. »
« l'insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d'arguments pour se défendre. »
« Cela avait un côté indécent, humiliant mais chaleureux, deux hommes qui se livrent l'un à l'autre devant un verre d'alcool. »
« l'attendrissement est un sentiment agréable et entraînant comme la musique militaire. »
Au revoir tristesse, je file aimer Brahms...
Commentaires
Il faut se remettre dans cette époque où nos lectures nous étaient la plupart du temps choisies, par nos ainés, nos parents ou nos professeurs... et de lire ce type de phrase, vide de sens et chargée de nonsens dont nous avions besoin (inconsciemment je l'admets) pour compenser tous ces riches auteurs imposés et imposants dans leur façon conventionelle de voir la vie..
De la même manière que nos grands parents se sont évadés avec les pensées de leurs poètes fous , imbibés d'alcool ou de drogues quelconques, on cherchait à divaguer nous mêmes et ces phrases que tu citais nous faisaient voir tout "up side down".. je ne vois pas d'autres explications. Sagan osait ecrire des choses que nous n'osions pas dire, c'est peut être pour son audace que nous l'admirions. Et rares aussi étaient les ecrivaines de cet âge et de cette trempe!!