Dans le cadre des "explications" du vote négatif de l'Irlande - seul peuple appelé à se prononcer - M. Lamassoure, lors d'une scéance de clavardage du site lemonde.fr, rejette en premier la faute sur les dirigeants irlandais. Loin de s'inquiéter du fait que des responsables politiques ne lisent pas les textes qu'on leur soumet et proposent à leurs concitoyens d'en faire autant, il ne fait que regretter que cela se soit su :

C'est évidemment d'abord la faute des autorités irlandaises, qui ont eu de grandes difficultés à présenter ce texte. En particulier, le fait que le premier ministre lui-même et le commissaire irlandais aient avoué naïvement n'avoir pas lu eux-mêmes le texte n'a pas encouragé les électeurs à l'approuver chaleureusement.

Alain Lamassoure : "Si les pays européens suspendent la ratification, le traité est mort" - LEMONDE.FR

Et pourtant, n'oublions pas - sans rire - qu'il s'agissait d'un traité "simplifié"... Les mauvais esprits parleront plutôt de "démocratie simplifiée", mais c'est un autre débat...

Déjà lors des débats autour du référendum de 2005 pour la ratification du même traité sous étiquette TCE, il apparaissait clairement autour de moi que les tenants du Non avaient lu le texte et en avaient lu des critiques, des explications et que les tenants du Oui s'en tenaient plus à savoir avec qui ils votaient plutôt que la nature de ce qu'il votaient.

C'est assez tentant, j'ai moi-même utilisé cette recette un peu lâche en 1992 lors du référendum sur le traité de Maastricht : les opposants ne me plaisaient pas, les gens bien-pensants votaient oui, j'ai quand même lu le texte et quand je ne comprenais pas, je passais à la suite et hop, un électeur pour le oui!

Or, le diable est dans les détails. Toute l'histoire de l'Europe se construit autour de ces détails, de ces traités, sous la pression de quantités de lobbies, très riches et très influents. Si vous n'en avez jamais entendu parler, je vous encourage à écouter les associations qui à Bruxelles tentent d'éviter que l'Europe ne s'enfonce davantage dans une ploutocratie :

Là-bas si j'y suis : Lobby planet - 13 février 2006

A Bruxelles, capitale européenne, capitale du lobbying : reportage sur les activités et l’influence qu’excercent ces cabinets de "communication", "d’analyse" ou de "stratégie" (peu importe finalement leur couverture) employés par les groupes industriels pour défendre leur intérêts auprès des institutions européennes.