Bien entendu, depuis bien longtemps déjà, ce n’est pas l’intelligence qui mène le monde, cela se saurait et probablement, cela se verrait…

Prenons la question de l’énergie au Québec. Le gouvernement libéral lance des appels d’offre pour la construction et l’exploitation de parcs d’éoliennes. Et c’est une société d’état étrangère, Électricité de France qui va venir exploiter notre vent et conserver profits et expertise, comme au bon temps des colonies… Pourquoi ne pas plutôt faire le travail avec notre propre société d’état, Hydro-Québec? Ou même, pourquoi ne pas créer une société d’état spécifique à l’éolien, et réussir le pari qui avait donné naissance à Hydro-Québec avec l’hydro-électricité?

Où est la vision collective? Où est la logique de développement? Mais aussi où est l’opposition?

Louis-Gilles Francoeur, du quotidien le Devoir, a bien interrogé le premier ministre Charest sur cette question, mais au-delà de la réponse sans intérêt du chef du gouvernement, le reste de la presse n’a à peu près pas repris la contradiction, ni d’ailleurs l’opposition parlementaire. En admettant qu’il existe des raisons positives de procéder ainsi, elles n’apparaissent jamais et n’ont ni besoin d’apparaître, ni même besoin d’exister. Quand il n’y a pas de débat, à quoi sert d’argumenter? Et quand, il n’y a plus d’argument, de raison et d’intelligence à utiliser pour construire, à quoi bon agir en fonction de l’intérêt général?

Notre société ne porte plus de débat

Notre société ne porte plus de débat. Tout au plus y a-t-il une fracture entre d’un côté les opposants, activistes, qui rêvent d’un monde meilleur, moins injuste, moins suicidaire et qui analysent, argumentent, contredisent, proposent, provoquent et, de l’autre côté, des acteurs, cyniques et intéressés ou même de bonne foi, qui n’ont plus de compte à rendre et suivent leur agenda personnel.

Entre les deux, il n’y a plus personne... Ou plutôt, il y a une foule qui n’agit plus, qui ne joue plus son rôle d’opposition parlementaire, de journaliste, d’analyste, de citoyen, d’humain digne.

Quand cette foule reprendra peu à peu sa place, en commençant par celle devant son propre miroir. Quand elle relèvera les yeux et quand tout simplement, elle jouera son rôle, rien ne sera réglé par magie, bien sûr, mais les projets les plus destructeurs et les plus injustes se verront opposer la participation collective qui est la seule justification de la démocratie.

En attendant, les SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation), la destruction de l’environnement, les guerres-au-terrorisme bidonnées, la mondialisation et les forfaitures comme le déni du vote contre le TCE (Traité de Constitution Européenne) auront les coudées franches et les historiens du futur – et nos enfants – regarderont notre époque avec un certain effroi.