Los Angeles
Par Vincent François le jeudi 10 avril 2008, 23:43 - Los Angeles - Lien permanent
Bien sûr, il y a les clichés. L'Amérique, terre de contraste et tous ses dérivés; l'Amérique, à l'aune de la démesure, et les exemples foisonnent; l'Amérique, phare du gâchis, de la dépense, de l'énergie, du délire. Et n'oublions pas le regard mi-moqueur, mi-admiratif du facteur Jacques Tati, bien français, de Jour de Fête ou d'un Elvis Graton, bien québécois : « Ils l'ont, les Américains ».
N'est-ce pas ironique de découvrir les États-Unis avec comme livre de chevet « Effondrement », de Jared Diamond qui nous explique, à partir de cas historiques très documentés, comment les civilisations décident de leur disparition ou de leur survie? Et découvrir les États-Unis par Los Angeles où justement vit et enseigne cet auteur?
Les États-Unis représentent depuis longtemps maintenant l'avenir de notre société occidentale. Les visiter, c'est faire un petit tour dans notre futur, quoiqu'on en pense.
Danser sur un volcan
Quasi littéralement, Los Angeles vit et danse sur un volcan, la faille de San Andrea, qui devrait un jour ou l'autre offrir une catastrophe hollywoodienne de premier choix, le Big One.
L'histoire n'est pas écrite d'avance, sûrement, mais pas moins que celle qui a déjà eu lieu, qui n'était pas plus écrite à l'avance, mais qui a eu lieu quand même. Il y a donc des précédents et malgré le progrès, les évolutions gigantesques de la connaissance, celles plus modestes de la compréhension, la technique croissant exponentiellement, il reste deux invariants : l'Homme et son incapacité à tirer des leçons du passé. Et deux facteurs aggravants : la démographie et l'impact plus grand de cette technologie.
Mais on peut toujours espérer. Par exemple, puisque nous n'apprenons jamais rien de l'Histoire, on est en droit d'espérer que ce coup-là on fasse différemment, non? Pas très convaincant, sans doute, mais un peu d'optimisme ironique opératoire ne peut pas faire de mal...
Ce qui reste de vraiment intangible, c'est l'Homme avec ses rites de préséance pour mettre et laisser l'Autre à sa place. Avec la vue à court terme de ceux qui sont en position de dominance. « On ne change pas une équipe qui gagne », « On a toujours fait comme ça et c'est pour cela qu'on est les premiers ». Air connu. Dernière ritournelle de tous les dominants passés ou présents, qu'ils aient été commerciaux, politiques ou culturels et qui fièrement acquièrent le privilège de crever en dernier...
Détruire son environnement tout d'abord pour se nourrir, puis pour assurer une prééminence du fort sur le faible. Nier les changements climatiques. Détourner l'attention sur les enjeux collectifs importants par la communication ou même la guerre. Abrutir de rêves commerciaux ou religieux et mobiliser pour cela des ressources toujours plus grandes en publicité, « temps de cerveau disponible » et autres constructions pharaoniques...
Que ce soit sur l'île de Pâques, chez les Mayas, les Vikings du Groenland ou d'autres exemples moins connus, à chaque fois, les Hommes ont suivi le même aveuglement suicidaire qui ressemble tant au nôtre.
Alors, quel rapport avec Los Angeles? Avec les États-Unis? Est-ce différent du reste du monde, d'ailleurs? Pas tant que ça, mais nous sommes ici dans l'expression la plus forte de cet aveuglement. Un aveuglement lié à un dynamisme récompensé par une réussite économique et l'édification d'un mythe mensonger de réussite qui permet de faire marcher même ceux qu'il écrase.